Il a régné sur les hauteurs d’Arcachon pendant plus d’un siècle. Avec sa silhouette extravagante inspirée des palais d’Orient, le Casino Mauresque a été le cœur battant de la Ville d’Hiver, avant de disparaître tragiquement dans les flammes. Retour sur le destin exceptionnel d’un monument mythique du bassin.
1863 : Le pari arabo-andalou
Pour faire d’Arcachon la station balnéaire phare de la haute société, les frères Émile et Isaac Pereire confient un projet totalement fou à l’architecte Paul Régnauld. Inspiré directement de l’Alhambra de Grenade et de la Mosquée de Cordoue, ce chef-d’œuvre d’architecture orientaliste sort de terre en 1863.
Avec ses arabesques délicates, ses dômes majestueux et ses détails en plâtre ciselé, le bâtiment détonne magnifiquement au milieu de la forêt de pins. C’est un véritable palais des Mille et Une Nuits qui s’installe sur les hauteurs de la ville.
L’âge d’or de la Ville d’Hiver
Pendant plus d’un siècle, le Casino Mauresque devient le lieu de rendez-vous incontournable du gratin international. L’empereur Napoléon III, la reine d’Espagne, mais aussi des icônes artistiques comme Sarah Bernhardt ou Claude Debussy s’y croisent régulièrement.

Les visiteurs viennent y tenter leur chance au baccara, assister à des représentations dans son théâtre de 700 places, ou simplement flâner sur ses terrasses suspendues qui offrent une vue imprenable. En 1913, un funiculaire est même construit pour relier directement le casino à la Ville d’Été, facilitant l’accès des baigneurs depuis la plage.
Guerres et déclin
Le palais n’est malheureusement pas épargné par les tumultes du XXe siècle. Durant la Première Guerre mondiale, il est réquisitionné pour devenir l’Hôpital Militaire n°25 afin de soigner les blessés du front. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ce sont les troupes allemandes qui investissent les lieux, laissant le bâtiment très affaibli à leur départ.

Dans les années 1970, le casino s’essouffle. Il perd peu à peu sa clientèle aisée et la concurrence des autres établissements du bassin précipite sa chute. Le rideau tombe définitivement en 1974 avec une fermeture pour faillite.
18 janvier 1977 : Le drame historique
En pleine nuit, à 3h30 du matin, un incendie d’une violence inouïe se déclare dans le bâtiment désert. Construit en grande partie de bois et de plâtre, le colosse de la Ville d’Hiver s’embrase à une vitesse fulgurante.
Au réveil, les habitants d’Arcachon découvrent avec stupeur un paysage de cendres. Le joyau a entièrement brûlé, emportant avec lui une partie précieuse des archives historiques de la ville qui y étaient entreposées. Si l’enquête conclut officiellement à un court-circuit, l’événement conserve aujourd’hui encore sa part de mystère dans la mémoire locale.
Le Parc Mauresque aujourd’hui
Aujourd’hui, si le monument a disparu, son emplacement accueille le magnifique Parc Mauresque. Avec ses allées arborées, sa roseraie et ses jeux pour enfants, il reste l’un des lieux de promenade les plus agréables d’Arcachon, où flotte encore le souvenir des fastes de la Belle Époque.
